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« Penser l’école, penser la société », de Rahma Bourqia

« Penser l’école, penser la société », de Rahma Bourqia

Pour Rahma Bourqia, «l’école n’est pas faite uniquement pour les doués sous prétexte de faire fonctionner le principe du mérite. Elle est supposée garantir à chacun la chance de mener une scolarité normale.»

C’est un livre qui donne à réfléchir. Non pas en ce sens qu’il propose des solutions, des ébauches pour sortir de la crise, mais plutôt pour le constat implacable qu’il dresse. Une école publique en perte de repères, en perte de crédibilité et dont l’existence même devient objet de discussion dans la mesure où elle ne garantit pas d’emploi, encore moins d’ascension sociale.

Sans le dire aussi directement dans son livre Penser l’école, penser la société, Rahma Bourqia n’en pense pas moins. Ex-présidente de l’université Hassan II Mohammedia, elle lance dès les premières lignes de son livre cette salve: «L’école marocaine est interpellée par l’état des connaissances sur l’éducation et le développement des méthodes d’apprentissage ainsi que par la pression d’une société en mouvement vers le développement et la démocratisation; une demande sociétale d’une école de qualité, de justice sociale, d’égalité des chances et de performances perceptibles dans les acquis des élèves.»

Pour une sociologue, membre de l’Académie du Royaume on peut dire, sans risque de se tromper, qu’elle sait de quoi elle parle. L’école publique marocaine est en faillite. La raison, elle, saute aux yeux. Ce que Mme Bourqia appelle les différentes étapes de l’école marocaine depuis l’indépendance jusqu’au jour d’aujourd’hui. Les deux premières sont les plus importantes et s’étalent jusqu’aux années 70. Elles ont été marquées par la marocanisation et la massification. «La troisième étape des années 80 et 90 est une étape où l’école récolte le fruit d’une politique sans anticipation. L’école publique a connu une massification progressive pour laquelle elle n’a pas été préparée », conclut-elle. La suite, on la connaît…

Même si elle ne le dit pas, nul besoin d’être un grand clerc pour deviner que la réforme de l’enseignement public et la revalorisation de l’école marocaine n’est pas pour demain. Encore moins réalisable semble le rêve d’une école où l’égalité des chances est le maître mot. «Dans l’école publique, le contexte social des élèves a un effet discriminant pour certains. Les enfants issus de parents instruits et cadres ont plus de chance d’être encadrés dans leur scolarité pour échapper au décrochage », assène Mme Bourqia. Ou encore «dans une société inégalitaire, l’idée d’une école où tous élèves sont égaux à tous les niveaux relève de l’utopie».

C’est dire que le constat dressé par l’auteure est tout sauf rassurant. Même lorsqu’elle fait appel à la conscience et à l’effort de la collectivité et de la Nation pour moderniser l’organisation et le cursus scolaire, cela ne change presque rien. D’autant plus que le livre, à part les références à certains rapports internationaux ou certaines études, ne donne pas de piste pour espérer changer la donne.

Paru aux éditions La Croisée des Chemins à Casablanca, fin 2017, ce livre aura au moins le mérite de nous dire, en face, la réalité de notre école publique. Sur ce plan là, le Maroc est encore loin du compte. Et comme l’a si bien relevé l’auteur du livre: «Celui qui gagne, le bon élève, a certainement du mérite, mais celui qui abandonne l’école n’a pas pu être préparé et motivé pour concourir ou gagner.» Tout est ainsi dit ou presque.

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