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Système d’enseignement: Le Maroc se lève pour ses bons profs!

Système d’enseignement: Le Maroc se lève pour ses bons profs!

Les Marocains s’accrochent à n’importe quelle lueur d’espoir montrant que la réforme de l’école publique est possible. Ils veulent y croire, et ils sont, surtout, prêts à y participer. L’effet retentissant du reportage de L’Economiste sur le prof exemplaire du petit douar de la région d’Al Hoceïma, Tafsast, en est la preuve (voir notre édition N° 5282 du 29 mai 2018).

Le reportage a été largement partagé sur les réseaux sociaux, et plusieurs lecteurs ont demandé à joindre l’enseignant, Hicham Elfaquih. D’autres ont proposé d’envoyer des chèques. Une vidéo reprenant des extraits de l’article, accompagnés de photos de Hicham, a également été largement partagée. En l’espace de quelques jours, elle a été vue plus de 3 millions de fois.

Un score qui dépasse de loin les abonnements des pages appelant au boycott (près de 535.000 au maximum), ou encore le nombre de retweets du hashtag du boycott #مقاطعون sur les sept derniers jours (5.500 du 5 au 11 juin).

Hicham lui-même n’en revient pas. «Je ne m’attendais pas à une telle réaction du public. De nombreuses personnes m’ont contacté, du Maroc et de l’étranger, pour me proposer leur aide et me témoigner leur soutien», confie-t-il. Deux appels aux dons à l’international ont été ouverts sur deux sites en faveur de l’école dans laquelle Hicham enseigne.

L’association Tous contre l’abandon scolaire, pour sa part, a levé en quelques heures 5.000 DH qui serviront à construire des sanitaires dans l’établissement, dépourvu de toilettes et d’eau courante depuis près de 25 ans. Des Marocains de l’étranger ont aussi envoyé des fournitures et des cadeaux pour les enfants. L’histoire a même intéressé des médias étrangers, dont France24 qui lui a consacré un reportage.

Hicham Elfaquih est la preuve vivante qu’un enseignant passionné et engagé peut défier toutes les contraintes, et fournir des efforts extraordinaires même si les conditions élémentaires d’exercice ne sont pas réunies. Le premier problème du système d’enseignement marocain n’est pas le manque de moyens, mais le faible engagement et le peu de motivation des hommes et des femmes qui le portent.

Heureusement, il existe des exceptions, et il faut les encourager, les célébrer et les récompenser.
L’enseignant au grand cœur, également président d’une association pour l’enfance et l’environnement, «Amjad pour les initiatives citoyennes», a l’intention de continuer son bonhomme de chemin.

«Nous avons besoin de créer un environnement de solidarité et d’entraide», insiste-t-il. L’année scolaire pour lui, c’est fini. Il ne reste plus que l’examen de la sixième année du primaire, prévu le 25 juin prochain. Mais il est impatient de retrouver ses prochains élèves, peut-être dans une nouvelle école.

                                                                               

Des héros de l’éducation, il y en a!

Des super profs comme Hicham Elfaquih, il en existe bien, même s’ils sont peu nombreux. Comme ce jeune enseignant d’un petit douar de Tiznit, Abdallah Wahbi (école primaire Al Jayl Al Jadid). Pour rendre ses cours de français plus attractifs et plus stimulants pour ses élèves, il a bricolé lui-même un tableau blanc interactif, grâce à une console de jeux Wii, un stylet confectionné avec une ampoule de télécommande, et quelques logiciels.

Suite à l’article que L’Economiste a publié à son sujet (voir notre édition N°4925 du 27 décembre 2016), une entreprise a décidé d’offrir à son école un vrai tableau interactif. Abdallah a, également, créé pour ses élèves un kit mp3 contenant des textes enregistrés avec sa voix, animés avec des effets sonores. L’enseignant inventeur a des idées plein la tête, mais ses projets se heurtent souvent au manque de moyens. 

Il y a près de 12 ans, L’Economiste en avait repéré un au milieu des montages d’Aguercif (tribu des Aït Zekri). Le courageux prof participait à un projet d’école mobile destinée aux enfants des transhumants. L’instituteur transportait, à bord de son vélomoteur, les enfants devant parcourir plusieurs kilomètres à pied. Vers midi, il leur préparait lui-même à manger. Le soir, il dormait sous une tente, en rêvant d’un avenir meilleur pour ces enfants privés de presque tout.

Sanae Makhloufi, pour sa part, fait son maximum pour faire aimer le français et les mathématiques à ses élèves de 6e année du primaire à Salé. Pour ses cours de maths, elle fait fabriquer les figures géométriques chez un menuisier, afin que ses élèves puissent les toucher et mieux les appréhender.

Elle traduit également les leçons enseignées en arabe en français, même si cela n’est pas prévu dans le programme, et offre gracieusement des cours de soutien. Sa carrière, elle l’a commencée dans un douar dans les environs de Khemisset, où la commune lui avait octroyé le titre de meilleure enseignante.

Célébrer ces exemples inspirants donnerait peut-être envie à d’autres de suivre leur exemple et d’exceller dans leur métier. L’enjeu est de taille, car le Maroc ne pourrait réussir son projet de développement sans pouvoir s’appuyer sur un système éducatif performant.

 

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