24/09/2018 - 12/01/1440 | 0522475281 | info@ecolia.ma

[Tribune] Pour une campagne nationale d’éducation civique au Maroc

[Tribune] Pour une campagne nationale d’éducation civique au Maroc

SOCIÉTÉ - La multiplication, un peu partout sur le territoire national, de violences contre des personnes et d’actes d’incivilité nécessite une réaction énergique du corps social avant qu’il ne soit trop tard.

Chaque fois que des personnes ou des biens, publics ou privés, font l’objet d’agression et de dégradation, le “fait divers” provoque une courte vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans quelques organes de presse. Et puis, nous passons à autre chose jusqu’au fait divers suivant où la même indignation s’exprime dans les mêmes termes par les mêmes acteurs.

La réalité est que les Marocains sont résignés. Le délitement du vivre ensemble est vécu comme une fatalité, une espèce de défaut génétique de la société marocaine. Chacun cherche à s’en protéger à sa manière et pense qu’on n’y peut rien changer.

Un jour où j’ai fait l’objet d’une tentative de vol de mon téléphone dans une grande avenue centrale de Casablanca, dans l’indifférence des passants, mes amis m’ont naturellement conseillé de ne jamais utiliser mon téléphone dans la rue. En somme, il était “normal” que je subisse la tentative de vol. Personne n’a fait une réflexion sur comment nous pourrions éradiquer ce cancer social. Puisqu’on ne peut rien changer, alors il faut vivre avec.

On me dira, à juste titre, que le pays dispose de forces de l’ordre et qu’elles doivent faire leur travail pour protéger les personnes et les biens. Je ne le conteste pas mais la meilleure police du monde serait débordée si les fondements de l’ordre social sont corrompus. En outre, l’institution policière reflète la société dont ses membres sont issus. Il faut être particulièrement naïf pour espérer qu’une société pathologique pourrait générer des institutions publiques saines. Et puis, le maintien de l’ordre relève d’abord de la société. Les institutions formelles qui en ont la charge interviennent sur les exceptions, dans les cas rares de menaces sur la paix sociale, mais sont impuissantes quand les exceptions deviennent la règle.

En vérité, et au risque de choquer, la société marocaine vit une guerre civile de basse intensité qui sape lentement et sûrement l’ordre social. Nous ne sommes pas loin de l’Afrique du Sud et du Brésil, deux pays marqués par un niveau record d’insécurité, auxquels le Maroc ne devrait jamais ressembler.

Pour ne jamais en arriver là, il est urgent de lancer une campagne massive d’éducation civique qui pourrait prendre la forme d’une période obligatoire, pour tous les Marocains d’une classe d’âge à définir, dans un environnement encadré par un corps d’éducateurs issus du mouvement associatif, de l’éducation nationale et d’autres milieux privés ou publics.

On m’opposera, à juste titre, les précédents fâcheux (fascistes) de la Révolution Culturelle de Mao en Chine et des camps de rééducation des Khmers Rouges au Cambodge. Si nous avons bien tiré les leçons de ces histoires, il n’y a pas de fatalité à en répéter les erreurs.

Nous pourrions puiser de l’inspiration plutôt du côté de Singapour. Oui, je sais que c’est un régime autoritaire mis avons-nous le choix? La démocratie est probablement la meilleure forme de gouvernement quand elle est posée sur le socle d’un ordre social sain. Nous n’y sommes pas encore mais ceci est un autre sujet.

On objecterait aussi que la violence et les incivilités sont le produit d’un système éducatif en faillite et d’une économie qui ne crée pas d’emplois. La réforme de l’éducation nationale demandera des années pour produire ses fruits (une génération) et l’économie ne multipliera pas, dans un proche avenir, la création d’emplois par le facteur dix, nécessaire à l’absorption des arrivées sur le marché du travail.

Alors agissons là où nous pouvons agir, en restant lucides sur les limites de la rééducation et sur la nécessité de la compléter par un travail de fond sur le système socio-économique.

La campagne d’éducation civique serait impulsée par le roi en personne et toucherait toutes les villes et villages du royaume. Les ministères qui disposent d’une forte présence sur le terrain (intérieur et éducation) ainsi que les communes en assureraient la logistique. L’animation des programmes d’éducation civique serait assurée par des acteurs issus du secteur public (ministère de l’éducation) et du mouvement associatif. Elle mettrait à contribution les élites du pays: intellectuels, artistes, militants associatifs, avocats, etc. Les médias officiels et privés seraient mobilisés pour marteler les messages clés.

Je ne sous-estime pas l’ampleur et la complexité de la tâche. En 1963, Martin Luther King, qui s’est attaqué à un immense problème, a dit “I have a dream”. Il est urgent que les Marocains aussi disent “We have a dream”.

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